Profession

Point de vue

Fin de vie des fluides : la France va faire école

Elise Kuntzelmann | 20 octobre 2017 |

Shamila Nair-Bedouelle, directrice du programme OzonAction
Alors que le 30e anniversaire du Protocole de Montréal vient d’être fêté, la directrice du programme OzonAction pour l’Organisation des Nations unies pour l’environnement, fait le point sur les enjeux en matière d’utilisation des fluides.

Quel est votre avis concernant les récentes attaques suggérant que la couche d’ozone ne serait pas en train de se résorber, notamment à cause du dichlorométhane entrant dans la composition du R 32 ?

Je pense que la couche d’ozone se répare, mais lentement. Les efforts doivent donc être poursuivis. Il ne faut pas oublier que les pays en voie de développement tendent à avoir la même croissance économique que les pays développés et que l’utilisation de la climatisation et la réfrigération constitue la pierre angulaire de ce développement. Il faut tout de même rappeler que les fluides de remplacement HFC, ont quand même un impact sur l’effet de serre. Et c’est pour cela que l’on a abouti à l’amendement de Kigali (2016), dont le défi principal reste sa mise en oeuvre.


30 ans après, quel bilan pouvezvous faire du Protocole de Montréal ?

Il est important de rappeler que jamais un protocole n’a eu autant de succès que celui de Montréal. 3,5 milliards de dollars ont déjà été investis dans la réduction du trou dans la couche d’ozone. Il présente cependant l’inconvénient de se focaliser uniquement sur les fluides frigorigènes. Or il faut voir le système dans sa globalité et prendre en compte les besoins des pays en voie de développement. La question est de savoir de quelle manière mettre les fluides à faible GWP à disposition de ces pays.


Pensez-vous que le retrait des États-Unis de l’accord de Paris puisse remettre l’ensemble des avancées en cause ?

Pour répondre à votre question, il est évident que les États-Unis jouent un rôle très important. Ce pays finance la protection de la couche d’ozone depuis les années 90. De leur côté, les industries américaines sont très en avance. Elles ont mis en place différents guides et ouvrages pour favoriser l’accès aux alternatives aux pays en développement. Et je pense que cela va continuer sur cette lancée.


Le système de récupération de fluides salué en France va-t-il être repris par d’autres pays ?

Il est prévu que la France et l’Allemagne collaborent étroitement avec 26 pays francophones qui nous ont sollicités pour le recyclage. Je pense que c’est le moment de le faire.


La mise en place d’une éventuelle taxe en France peut-elle conduire à une intensification de la contrebande ?

La question est trop sensible. Chaque pays a sa propre politique et un accès propre aux technologies.


Quelles sont les missions d’OzonAction ?

Nous gérons 9 réseaux régionaux de coordinateurs nationaux de l’ozone comprenant 147 États membres et conduisons actuellement plus de 500 projets en collaboration avec le bureau Ozone dans chaque pays. L’ensemble est financé par le fonds multilatéral, mis en place en 1990. En tant qu’agence de mise en oeuvre de l’Organisation des Nations unies pour l’environnement, celle-ci à plusieurs responsabilités. Le mandat qui lui a été confié consiste à aider les pays membres à promouvoir l’élimination des substances qui appauvrissent la couche d’ozone, en étant en règle avec les obligations nationales. Nous les soutenons dans l’accès aux technologies alternatives comme les fluides à bas GWP et à l’information sur la maintenance. Le bureau Ozone travaille avec les techniciens frigoristes sur des sujets tels que le transport, l’utilisation des fluides à bas GWP dans le commerce, le secteur domestique, la climatisation, etc. En France, nous coopérons avec l’IIR pour utiliser l’outil qu’ils ont mis en place pour former les techniciens et ils nous aident dans la sensibilisation et la documentation. Le Cemafroid participe aussi à nos réunions afin de donner son avis sur les formations. Nous travaillons avec d’autres institutions françaises telles que l’Inserm et la Sécurité solaire afin de promouvoir la corrélation santé et ozone. Nous collaborons aussi avec les pays francophones africains ainsi qu’avec l’Area qui a déjà formé des techniciens en Afrique à Kigali, ainsi qu’avec l’EPEE.


Quel message peut-on donner aux installateurs frigoristes quant à l’utilité de l’ONU Environnement ?

L’une des préoccupations majeures consiste à promouvoir les technologies indispensables à la vie, respectueuses de l’environnement et en phase avec les impératifs économiques. Dans ce contexte, les techniciens frigoristes jouent un rôle primordial. Le secteur de la réfrigération est une pierre angulaire de la vie moderne. La santé et la sécurité alimentaires sont en jeu. Une différence de température de 0,5 °C peut avoir des conséquences considérables. 400 millions de tonnes de denrées alimentaires périssent chaque année à cause d’une mauvaise gestion de la chaîne du froid.


La Chine est souvent perçue comme peu scrupuleuse vis-à-vis des réglementations environnementales. De nombreux experts soulignent toutefois que de gros progrès ont été constatés. Comment le percevez-vous ?

Nous sommes en relation avec la Chine depuis les années 90. Ce pays a fait énormément de progrès au niveau national pour éliminer ces substances. L’ONU Environnement y poursuit d’ailleurs plusieurs projets. Le plus important a été financé l’année dernière pour un montant de 19,7 millions de dollars pour le secteur tertiaire. La mise en place de normes est envisagée en concertation avec les ministères du travail, de la sécurité, de l’environnement et des technologies. L’industrie chinoise est très active dans la sensibilisation et oeuvre conjointement avec le bureau Ozone dans les différentes provinces. Le pays a mis en place un système de formation qui peut réellement servir de modèle à d’autres pays. Il est prévu que 60 000 techniciens soient formés à la gestion des fluides dans les 3 ans à venir dans l’un des centres de Shanghai. Le pays en compte actuellement 19 en tout. Des normes plus strictes que les normes internationales en vigueur, ont d’ores et déjà été mises en place parce que la Chine l’a exigé.

UN PARCOURS OUVERT SUR LE MONDE

Shamila Nair-Bedouelle 57 ans, a grandi en Afrique du Sud pendant les années turbulentes de l’Apartheid qui l’ont conduite à terminer ses études à l’étranger. Après une thèse réalisée entre l’Allemagne et l’Afrique du Sud, elle a été recrutée en France en tant que scientifique à l’Institut Pasteur et à l’Inserm. Directrice de recherche à partir de 2006, elle avait pour souhait d’oeuvrer en faveur des pays en voie de développement pour le transfert de technologies. Elle a ainsi travaillé plusieurs années en tant que consultante à l’Unesco pour l’accès scientifique en Afrique. Grâce à ce travail, elle a été recrutée par la Commission européenne pour gérer des programmes de coopération internationale entre l’UE et les pays en développement, dans le domaine de la santé et de l’environnement. Elle a ensuite été embauchée à l’Unesco en tant que chef de programme « sciences technologies et innovations » pour l’Afrique. Depuis presque 5 ans, elle exerce en tant que directrice de programmes pour OzonAction, ONU Environnement.



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